Malgré une foule de recherches qui démontrent l’utilité de milliers d’espèces de vers de terre connues un peu partout dans le monde, notamment dans les agroécosystèmes, il y a des situations où ils sont nuisibles.

Les écosystèmes européens sont adaptés à ces animaux, mais en Amérique, dans les écosystèmes nordiques évolués depuis la fin de la glaciation du Wisconsin il y a environ 8-10 000 ans il n’y avait pas les vers de terre qu’on y trouve aujourd’hui. Ils ont été introduits par les colons européens et font partie d’une trentaine d’espèces pérégrines sur environ 120 qui sont répandues en agriculture dans le monde. On sait qu’ils perturbent les écosystèmes forestiers post-glaciaires en accélérant la décomposition de la litière, et en réduisant la biodiversité.

Dans une méta-analyse, Ferlian, Eisenhauer et al. (2017) démontrent certains avantages, mais aussi des inconvénients pour l’activité microbienne, une accumulation de carbone dans le sol minéral, une réduction de la litière, et généralement une réduction et une transformation de la micro et méso-faune du sol, dues surtout à la diminution de cette litière. Les auteurs utilisent le terme de groupes fonctionnels pour les catégories écologiques définies par Bouché (1977), ce qui est considéré comme une erreur par un grand nombre de spécialistes des vers. (Bottinelli, Hedde, Capowiez.)

Dans un essai d’incubation en laboratoire sur 750 jours dans des mésocosmes remplis de sols de loess, avec apports de résidus de maïs (5 t/ha de matière sèche) aux jours 0, 197, 378 and 575, avec des populations typiques d’Aporrectodea caliginosa (endogés) et de Lumbricus rubellus (épi-endogés), Lubbers et al (2017) ont démontré que les vers accélèrent la décomposition et la minéralisation de la matière organique, à des taux variables selon l’espèce, et augmentent le retour de carbone à l’atmosphère. Les vers ont aussi apporté une série d’avantages pour la stabilisation de la matière organique. Les chercheurs soulignent que le point faible de cet essai en laboratoire est qu’il n’y a ni plantes en croissance, ni racines, alors qu’on sait que les racines sont souvent la principale source de matière organique stable, plus durable dans le sol que les résidus aériens apportés dans l’essai. Selon Yvan Capowiez (communication personnelle), les essais en laboratoires combinant plantes et vers sont difficiles parce que les conditions favorables ne sont pas les mêmes pour les deux.

Mon point de vue :

Pour réussir en agriculture, dans des agroécosystèmes artificiels créés par des humains, les vers de terre sont des alliés essentiels, incontournables.

Dans les écosystèmes naturels exempts de vers ils sont perturbateurs. On doit éviter de les y introduire. Les pêcheurs et les pneus de véhicules y sont les principaux agents de diffusion. Le chaulage des érablières les stimule.

L’exploitation forestière nordique, avec des pratiques qui vont de la construction de chemins à des replantations en monoculture et à l’utilisation de machineries lourdes pour des récoltes extractives, fait probablement plus de dommages aux sols et aux écosystèmes que ceux causés par les vers de terre.

Où trouve-t-on encore des écosystèmes non endommagés par les humains? Les humains sont la pire des espèces invasives, BEAUCOUP PLUS DOMMAGEABLE que les vers de terre. La surconsommation est beaucoup plus responsable des dommages à la nature que des vers de terre invasifs dans un écosystème forestier. Vive Noël et Black Friday! Comme disait Bush après le 11 septembre, le plus important dans une crise c’est de continuer à magasiner.

Voir, entre autres, les travaux sur les limites planétaires de Rockström, Steffen, et al.

Denis La France, Enseignant et expert en agriculture biologique

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Références : 

  • Ferlian O, Eisenhauer N, Aguirrebengoa M, et al. Invasive earthworms erode soil biodiversity: A meta-analysis. J Anim Ecol. 2018;87:162–172
  • Rockström, J., Steffen, W., Noone, K., Persson, Å., Chapin, F. S., Lambin, E.F., Lenton, T. M., Scheffer, M., Folke, C., Schellnhuber, H. J., Nykvist, B., (2009). « A safe operating space for humanity ». Nature. 461 (7263): 472–475
  • Lubbers, I. M., Pulleman, M. M., & van Groenigen, J. W. (2017). Can earthworms simultaneously enhance decomposition and stabilization of plant residue carbon? Soil Biology and Biochemistry105, 12-24
  • Bottinelli, N., Capowiez, Y., 2021. Earthworm ecological categories are not functional groups. Biol. Fertil. Soils 57, 329–331.
  • Hedde, M., Blight, O., Briones, M.J., Bonfanti, J., Brendan, M., San, I.C., Clause, J., Cortet, J., Decaëns, T., Erktan, A., G ́erard, S., Goulpeau, A., Ianelli, M., Joimel- Boulanger, S., Jouquet, P., Le Guillarme, N., Marsden, C., Martinez Almoya, C., Mulder, C., Perrin, W., Pétillon, J., Pey, B., Potapov, A., Simoussi, S., Thuillier, W., Trap, J., Vergnes, A., Zaitsev, A., Capowiez, Y., 2022. A common framework for developing robust soil fauna classifications. Geoderma 426, 116073

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