À la fin de l’été 2023, j’ai fait tailler et abattre des arbres feuillus et les copeaux broyés contiennent des branches jusqu’à un diamètre de 12 à 15 cm et les feuilles. Comme il y a beaucoup de bois assez gros, on ne peut pas qualifier ça de BRF (bois raméal fragmenté). Le rapport C/N moyen dépasse 200 (200 x plus de carbone que d’azote) ; ce n’est donc pas un matériau riche qui intéressera beaucoup les vers de terre. (photo 3) 

Mais dans les feuilles et les petites pousses, il y a de la nourriture pour certains vers. Quelles sont les espèces qu’on y retrouve?

Depuis 7 ou 8 ans, j’en suis au 3e tas que je regarde se décomposer et évoluer lentement avec l’arrivée de l’eau de pluie, des champignons et de la faune des sols. Normalement une litière de résidus en surface du sol en milieu naturel mesure quelques centimètres, mais ces matériaux sont entreposés à la pluie, en tas de plus d’un mètre de haut le temps que je m’en serve comme paillis dans mes plates-bandes de fleurs vivaces, pendant 3 ou 4 ans. Des observations récentes ont révélé une proportion dominante de grands lombrics (Lumbricus terrestris). (photo 1) 

Par le passé, j’ai vu la même chose après un seul hiver. Cette espèce est épi-anécique, c’est-à-dire qu’elle s’alimente à la surface et est très active dans les premiers 5-7 cm de sol. Ces vers rejettent une partie de leurs déjections en surface et juste dessous. Sous le tas de copeau j’observe la présence importante de terre mélangée dans les copeaux juste au-dessus du niveau du sol. (photo 2) 

Je n’ai jamais vu un tel dépôt dans un sol cultivé. Ce sol est sûrement remonté dans le tas par les vers, mais je ne pourrais pas dire lesquels car on n’en voit pas dans cette zone en ce moment. Les racines des cèdres voisins remontent aussi dans cette couche riche en terre.

En plus des grands lombrics, j’observe un peu d’endogés, probablement Aporrectodea tuberculata et A. turgida. Normalement, ces vers vivent dans le sol et mangent beaucoup de terre. Dans les copeaux, il n’y a que des résidus végétaux et ces vers y sont peu nombreux. Quelques épigés, spécialistes des litières en surface, sont présents, mais je n’ai jamais observé de prolifération d’Eisenia fetida qu’on retrouve massivement dans des composts de matériaux beaucoup plus riche, ou qu’on élève pour la lombriculture ou le lombricompostage. Il faut croire que les résidus d’arbres ne leur conviennent pas.

Et, somme toute, la quantité de vers dans l’andain est plutôt restreinte. Quelques vers dans 200 litres de copeaux. Au jardin, je vois en ce moment le même nombre dans une fourchetée de sol.

Denis La France, Enseignant et expert en agriculture biologique, CETAB+

Facebook Vers de terre Québec (devenez membre!)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publications similaires

Nos souches ont-elles les mêmes habitudes?

Date de publication originale : 30 avril 2023 Lowe et Butt, qui ont exploré des méthodes pour élever L. terrestris et Aporrectodea longa, ont noté qu’ils commencent à pénétrer dans le sous-sol à partir

Racines dans les biopores des vers de terre : paresseuses ou actives?

Date de publication originale : 22 juillet 2023 En 1882, Hensen affirmait que les galeries de vers offraient des conditions très favorables au développement des racines en profondeur. Par contre,

Catégories écologiques des vers de terre

Marcel Bouché a fait école en 1972 en classifiant les vers de terre en 3 principales catégories écologiques : anéciques, épigés et endogés, ainsi que les intermédiaires, épi-anéciques, épi-endogés et