Les vers de terre vivent dans des îlots irréguliers. Ils se déplacent de seulement quelques mètres par année. Un grand lombric qui migre peut faire 20 m et même revenir au point de départ si ce qu’il trouve dans son exploration ne convient pas. D’un endroit à l’autre, on ne trouvera pas nécessairement les mêmes espèces.

Donc dans un tas de copeaux d’élagage on ne trouvera pas, non plus, les mêmes espèces d’un endroit à un autre. Un ami m’a fait remarquer la présence de vers dans un tas à l’Institut national d’agriculture biologique (INAB) à Victoriaville. Souvent les élagueurs préfèrent vendre leurs copeaux, mais s’ils n’ont pas un client proche, c’est pratique d’avoir un dépôt où vider leur camion. C’est le cas à la ferme de l’INAB.

On peut dire qu’il y a 4 catégories de matériaux dans des résidus d’élagage d’arbres et arbustes. Des feuilles vertes, appétissantes pour les vers de terre, des branches broyées de dimension modérée; c’est ce qu’on appelle du bois raméal fragmenté, dont le rapport carbone/azote est moyen (50-60). Il y a des aiguilles de conifères pas mal moins appétentes. Et le matériau habituellement dominant, du bois caulinaire dont le rapport C/N de 400-500 donne souvent au mélange un C/N dépassant les 200. 50 veut dire 50 x plus de carbone que d’azote, 500, 500 fois plus. Le sol cultivé est souvent à environ 10. Il faut être prudent quand on utilise les copeaux dans nos cultures, et compenser cette pauvreté en azote car la décomposition immobilise l’azote du sol qui devient indisponible pour les plantes qui peuvent devenir carencées. J’ai observé ce phénomène plusieurs fois dans ma carrière.

Comparé à mon tas à la maison contenant en majorité L. terrestris et quelques endogés présentés dans la publication du 24 mai, j’ai observé (ainsi que de nombreux cocons) en 4 visites depuis 3 semaines dans le tas à l’INAB, 99% d’Eisenia fetida, (voir photos), que les anglophones nomment le ver du fumier ou le ver à compost, et 3 autres vers que je n’ai pu identifier. Cette espèce se reproduit très vite jusqu’à occuper massivement un compost. Elle est utilisée pour le lombricompostage. Chez moi, depuis 15-20 ans le tas de copeaux est à 20 m du compost de jardin où ils abondent, mais ils ne s’y sont jamais déplacés.

LES MYSTÈRES DE LA NATURE.

Denis La France

Enseignant et expert en agriculture biologique, CETAB+

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