Homme bienveillant, mon père m’a enseigné il y a bien longtemps à aimer les vers de terre; il les nourrissait en cultivant des engrais verts et en enfouissant les déchets organiques au jardin.

Quand j’en prend un dans mes mains, soit il se met en mouvement pour s’éloigner, soit il attend placidement la suite. Qu’est-ce qu’il sent? Quand on étudie les vers on découvre certaines formes d’intelligence et de perception assez éloignées des nôtres, mais bien avérées. Depuis Darwin, on étudie leurs façons de percevoir. Ils fuient la lumière, perçoivent les vibrations, pas le bruit. Leurs organismes sont très différents de ceux des humains ou des mammifères. Comme leur système nerveux et leur cerveau sont peu développés, on pense que leurs réactions sont de la nature des réflexes, pas des sentiments. Un comité scientifique a confirmé leur usage pour la pêche en Norvège (Farstad 2005) en disant qu’ils ne sentent pas la douleur. Mais on a trouvé qu’ils produisaient des opioïdes (Alumets 1979).

Je n’ai jamais eu le temps de fouiller ces questions, donc je continue de vivre avec mes impressions et mes questions. Mais quand je soulève un objet et que je vois deux vers d’espèces différentes allongés côte-à-côte, au repos, dans ce qui semble un état de contentement, j’ai des doutes. Quand, à 5 heures le matin, je vois deux grands lombrics bien gluants accouplés depuis au moins 2 heures, j’ai des doutes. Ils me semblent qu’ils manifestent un état de bien-être. Et toujours : est-ce qu’ils ont peur dans mes mains?

Sur la photo, un grand lombric, Lumbricus terrestris, l’espèce la plus connue en Occident. Adulte, il est facile à reconnaître parce qu’il est plus gros que les autres espèces présentes ici, sauf Aporrectodea longa presqu’aussi gros, mais qui a la tête plus foncée et la queue plus ronde. Le grand lombric a tendance à avoir la queue aplatie.

Denis La France, Enseignant et expert en agriculture biologique

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