La crise du climat est causée par les actions humaines. Depuis une génération les humains discutent de solutions sans remettre en cause leurs pratiques de consommation abusive. Par exemple le tiers des aliments issus de l’agriculture et des pêcheries sont gaspillés. Pendant ce temps on propose comme solution de retirer du carbone de l’atmosphère pour le séquestrer dans les sols cultivés.
En 2005 H.H. Janzen d’Agriculture-Canada a publié Le paradoxe du carbone du sol : doit-on le stocker ou l’utiliser? Doit-on séquestrer du carbone dans les sols, alors que c’est quand il se décompose qu’il nous rend le plus de services biologiques, notamment en nourrissant les êtres vivants des sols et en libérant des nutriments qui lui sont associés. Donc le paradoxe : Comment conserver la matière organique du sol et profiter de sa décomposition?
Janzen propose trois solutions à ce dilemme : 1-Trouver des façons d’apporter plus de carbone au sol. 2- Trouver des façons d’équilibrer stabilisation et décomposition et de synchroniser cette dernière avec les besoins des êtres vivants qui s’en nourrissent. 3- Puisque le carbone est une substance extrêmement mobile dans les sols, étudier les flux plutôt que les stocks.
Dans une revue de littérature de 2013, Lubbers et al. se réfèrent à Janzen en parlant du dilemme des vers de terre. « Leur capacité à accroître la fertilité des sols et à stabiliser le carbone repose principalement sur leur aptitude à accélérer la décomposition et à renforcer l’agrégation du sol. (Voir illustration.) Cependant, ces capacités peuvent entraîner une augmentation des émissions nettes de Gaz à effet de serre du sol. » Cependant ces chercheurs sont très prudents dans leurs affirmations parce que la majorité des recherches se font en laboratoire, en mésocosmes, sur des périodes relativement courtes, en absence de plantes. Ils avancent la probabilité qu’à court terme les vers aient une fonction d’accélérateur des flux du carbone dans les sols, mais un effet stabilisateur à long-terme. D’où le paradoxe.
 
Le débat entre les chercheurs se poursuit (à suivre la semaine prochaine.) Comme le dit Martin Chantigny (citant Kant) on doit apprendre à vivre avec un niveau élevé d’incertitude.
 
Que la nature nous offre des énigmes fascinantes!
 
Denis La France, Enseignant et expert en agriculture biologique CETAB+, Cégep de Victoriaville Facebook Vers de terre Québec, blogue www.lesversetlaterre.bio
 
H.H. Janzen, 2006, The soil carbon dilemma: Shall we hoard it or use it? Soil Biology & Biochemistry 38 (2006) 419–424
 
Lubbers, I.M., K. J. van Groenigen, S. J. Fonte, J. Six, L. Brussaard and J. W. van Groenigen, 2013, Greenhouse-gas emissions from soils increased by earthworms, Nature Climate Change
 
Pour aller plus loin : ces travaux sont accessibles en ligne.

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