Impact des interactions vers/racines sur l'eau et la structure du sol
Jamal Hallam (2018) dans sa thèse à l’Université de York a démontré, en étudiant Allolobophora chlorotica et L. terrestris, que l’interaction vers/racines améliore le drainage, mais aussi la rétention d’eau. Et la présence des vers augmente le rendement des cultures. L’idéal est un assemblage combiné d’endogés et d’anéciques. Dans des essais en loam sableux, la stabilité structurale s’améliore car les agrégats formés par les vers sont plus résistants à l’eau. L. terrestris déposant la majorité de ses déjections dans les premiers 6,5 cm, l’amélioration de la structure et la rétention d’eau y étaient concentrées, à la différence de l’endogé A. chlorotica dont l’impact global fut supérieur. Hallam et Hodson 2020. Voir un résultat un peu semblable dans le graphique de l’essai en Ecotron. Bien que les galeries de vers ne représentent que 5% de la porosité d’un sol agricole, l’impact sur la circulation de l’eau est majeur. Rares dans les sols travaillés à répétition (<10 au m²), les grands lombrics ont un impact important car leurs galeries sont surtout verticales, profondes et canalisent de l’eau rapidement en profondeur où elle se répartit latéralement dans des pores plus petits, ou est évacuée par des drains souterrains. Même les galeries discontinues des endogés, qui les remplissent partiellement de leurs déjections, avançant souvent en mangeant devant et déféquant derrière, ont un impact important. Mais les endogés favorisent une répartition plus près de la surface, plus accessible aux racines dans le sol de surface, et les anéciques, à part la zone très superficielle étudiée par Hallam et Hodson, plus en profondeur.
Recherche en laboratoire et défis pour les sols agricoles
Les déjections retiennent aussi plus d’eau parce que les vers consomment des matières organiques et des particules de sol plus fines. L’illustration en jaune et bleu provient d’un essai en laboratoire de Capowiez et al (2021). On a placé 6 g de vers de 4 espèces pendant 26 jours dans des sols contenant 4% de matière organique dans les 15 cm du haut et 2 % dans les 15 cm du bas d’un contenant. Le comportement des endogés et des anéciques est bien illustré dans des images obtenues par tomographie.
Ça soulève deux questions. Les espèces pérégrines changent leur comportement selon les diverses régions du monde où elles se retrouvent; ces recherches sont-elles valides chez nous? Et la seconde, qu’est-ce qui constitue un assemblage d’espèces de vers équilibré qui apporte à nos sols toutes les améliorations qu’on peut attendre de ces agents favorables à la vie des sols cultivés? Et un constat que fait nombre de chercheurs : les sols agricoles qui auraient le plus besoin des services rendus par les vers sont ceux qui en ont le moins. Une troisième question que chacun doit se poser : est-ce que chez moi, je travaille pour améliorer la situation?
Denis La France
Hallam, J., 2018, Soil hydraulic functions : Earthworm-pant root interactions. Thèse, U. York
Capowiez, Y., Gilbert, F., Vallat, A. et al.,2021, Depth distribution of soil organic matter and burrowing activity of earthworms—mesocosm study using X-ray tomography and luminophores. Biol Fertil Soils57, 337–346
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