Les organismes vivant dans le sol ne sont pas répartis uniformément, mais sont répartis en îlots. Il faut donc prélever à divers endroits pour assembler un échantillon. Comme les vers ne migrent que de quelques mètres par année, sur une ferme, il faut aller dans divers champs pour avoir un échantillon représentatif. Et sur une grande ferme, souvent constituée de fermes ancestrales rassemblées, on peut trouver des espèces différentes à différents endroits. On creuse habituellement avec une fourche pour ne pas couper les vers, dans le sol de surface, en sachant qu’on va trouver des espèces endogées localisées dans l’horizon de surface, quelques épigés surtout dans les bordures peu perturbées, peut-être des anéciques mais parfois, ces derniers peuvent être plus profonds.
Pour accélérer la prise d’un échantillon, on peut profiter du fait que lors d’une pluie abondante, des vers de toutes catégories et espèces sortent en surface ou sont tout près. De plus on les trouve plus facilement lorsqu’un objet en surface, qu’on appelle une annexe du sol, leur offre une protection : un morceau, un paillis, un sac ou un seau de plastique, une pierre, une balle ronde enrobée, une bûche ou un morceau de bois, un objet en métal, un pneu, des débris divers, des feuilles ou des copeaux de bois. Les vers adorent s’abriter sous des objets en contact étroit avec le sol, dans la nature la litière organique qui forme l'horizon de surface du sol. Certains s’abritent même dans les monticules amassés par les grands lombrics. Donc, on soulève les annexes, on prélève puis on donne un coup de fourche.
Sur les photos prises début octobre, on voit une dizaine de vers de diverses espèces sous deux sacs de plasticulture déposés en partie sur un géotextile et en partie sur le sol dans mon jardin. Et avec deux coups de fourches, on pourrait facilement doubler la cueillette. En répétant l’opération à quelques endroits sur la ferme, on a vite un échantillon. Il n’est pas dit qu’on ait toutes les espèces de la ferme, mais c’est un bon début.
Cette année, la campagne d’identification a vraiment démarré, grâce à la persévérance d’Hélène Beaumont, et on devrait dépasser les 30 participants. Quand l’hiver sera arrivé et les dernières identifications effectuées (merci à Dr John Reynolds) on pourra lancer une discussion sur les assemblages d’espèces qu’on retrouve sur les divers sites. À cette étape, on va se concentrer sur lesquelles des 21 espèces connues vous avez chez vous et comment se complètent-elles?
Avant le gel, les vers de terre qui aiment les conditions fraîches et humides sont actifs. Quand le sol commence à geler, on en voit très peu en surface. Donc dernière chance d’envoyer un échantillon avant les grands froids et de participer à ce projet de science citoyenne. Allez voir les 2 publications à la une du Facebook Vers de terre Québec pour les directives à suivre.
Un jour, il serait bon d’intéresser un chercheur à cette initiative et de passer à la deuxième étape pas mal plus exigeante sur le plan de la méthodologie, mais plus poussée sur le plan agronomique : combien avez-vous de chaque espèce de vers dans vos sols, dans quelles cultures, dans quels types de sols, dans quels champs, à quelle étape de la rotation?
Denis La France
Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité
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