
3è partie de l'analyse des résultats de notre campagne.
Les scientifiques débattent : Peut-on faire un lien entre la zone où s’active une espèce de ver (épigée en surface du sol, endogée dans le sol de surface, et anécique circulant entre la profondeur et la surface) et les fonctions que les vers jouent dans le sol d’un agroécosystème?
Des publications précédentes retraçables sur le blogue lesversetlaterre.bio ont traité de ces questions.
En l’absence de consensus, je vais prendre position. Il faut minimalement un anécique, un endogé et un épigé pour que l’assemblage des espèces dans un champ soit équilibré.
Poursuivons donc l’analyse des résultats de notre campagne d’échantillonnage.
Soustrayons les vers à compost (2) et 7 échantillons provenant de divers sites sur une ferme forestière / horticole dont les quantités prélevées étaient trop petites pour être représentatives.
Retenons 29 échantillons provenant de divers champs et quelques jardins.
On peut donc conclure qu’il y a de la bioturbation dans les 15-20 cm de sol de surface (Horizon A, « topsoil »,) à la surface du sol et en profondeur.
Allez voir les photos par tomographie des principales espèces présentes élevées dans des cylindres. (merci à Yvan Capowiez) L. terrestris rentrera plus profondément en pleine terre. A. caliginosa regroupe A. tuberculata, A. turgida et A. trapezoides. Ces endogés sont actifs dans les premiers 30 cm et A. rosea dans les premiers 20cm. L. rubellus, un épi-endogé dans les premiers 8 cm. Il peut y avoir des différences entre les vers en Europe et les mêmes espèces adaptées chez nous.
Retenir 2 choses :
Pour estimer combien de travail de sol prend place, il faudrait évaluer la quantité totale de chaque espèce et l’uniformité de leur répartition sur la ferme. Ou étudier des profils de sols.
Les vers vivent souvent en Îlots (« patches ») et ne sont pas installés de façon uniforme sur une superficie donnée.
Ceux qui ont identifié 5, 6, 8 ou 10 espèces à la ferme ou au jardin profitent d’une biodiversité plus élevée qui assure une redondance. En écologie, le principe de REDONDANCE veut qu’une espèce au comportement proche peut apporter à peu près les mêmes services écologiques et assurer à peu près les mêmes fonctions qu’une autre espèce, même si la niche écologique n’est pas parfaitement équivalente. Si on a peu d’espèces et que l’une d’elles faiblit, il est possible que certaines fonctions ne soient pas effectuées dans le sol. Si une espèce n’est pas présente partout dans un champ, mais qu’on en trouve une autre au comportement assez semblable, elle effectue à peu près le même travail.
Personnellement, j’ai eu à gérer des fermes dans ma vie et j’ai choisi d’inoculer des vers de plusieurs espèces pour augmenter la biodiversité et assurer une complémentarité des espèces. Dans le premier cas, un nivellement en sol mouillé avait fortement réduit les vers présents. Dans le second cas, les vers étaient très rares. Cependant, inoculer ne sert pas à grand-chose si on ne gère pas les sols des agroécosystèmes pour favoriser la prolifération des vers.
CONCLUSION
Beaucoup plus de questions que de réponses, comme toujours.
Nous avons effectué un projet de recherche citoyenne qui nous fournit certaines réponses.
Mais il faudrait une implication plus grande de la part des membres de Vers de terre Québec. Élargir cette recherche limitée à une seule région. On recommence en avril!
Évidemment, le Québec manque de recherche sur les vers de terre. En fait, la recherche est concentrée dans quelques pays où on reconnait l’importance primordiale de ces animaux. Ici, c’est considéré peu important même si on se gargarise de santé des sols.
Il y a besoin de financement public pour effectuer de telles recherches. Il se fait des travaux de qualité, mais de façon trop sporadique. Ça prendrait une ou un jeune courageux qui décide d’y consacrer sa carrière. Et une fondation pour financer le travail?
Denis La France
Enseignant et expert en agriculture biologique
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