
Enfant dans les années 1950’s, je me souviens qu’on se décrivait comme paroissiens.
Avec l’arrivée de la télévision et l’invasion de nos vies par la publicité, durant les années 60, on est devenus des consommateurs. En 1970 j’ai décidé de vivre plus simplement et d’expulser la télé de ma vie. En 2012 j’ai abandonné le téléphone cellulaire qui, selon moi, met à risque la santé mentale collective.
L’être humain fait partie de la nature et en est complètement dépendant. De nombreux scientifiques discutent du début d’une ère Anthropocène où l’humain devient l’agent ayant le plus d’impact sur l’évolution des écosystèmes et de la géologie. Certains en situent le début avec les premiers essais nucléaires, d’autres au 18è siècle avec la révolution industrielle. On pourrait aussi retenir le colonialisme européen à la fin du 15è siècle.
Le système mis en place à l’échelle planétaire vise à favoriser l’enrichissement des riches et surtout des très riches qui profitent de la destruction de la nature, une classe moyenne absorbée par la surconsommation, au détriment des plus pauvres, souvent exploités, qui ont une valeur négligeable. Quand l’Angleterre a colonisé l’Inde, c’était la première économie mondiale et quand ils s’en sont retirés, c’était l'un des pays les plus pauvres. On a vu les Anglais vider les forêts québécoises des grands arbres pour construire des bateaux assurant leur puissance.
Dépassant la sphère individuelle, la surconsommation domine la société actuelle. On a reçu de nombreux avertissements depuis longtemps. J’y reviendrai dans un texte à venir. Les travaux sur les limites planétaires de Rockström et al depuis 15 ans poursuivent ces mises en garde sur la base du principe de précaution.
J’ai été fortement influencé par les idées de E. F. Schumacher, économiste britannique d’origine allemande, qui a publié Small is Beautiful, Economics as if People Mattered / Une économie à la mesure de l’homme, un livre très célèbre durant les années 70. J’ai eu la chance d’être jardinier pour sa famille durant mes études de culture biologique en Angleterre et de passer des heures à discuter de ses idées et à fouiller dans sa bibliothèque.
Dès 1956, il constatait l’exploitation excessive de ressources non renouvelables. Il remettait en cause la croissance sans limites. Selon lui, la science économique « considère que les prix reflètent la valeur intrinsèque des choses. (…) mais ni la théorie économique ni la pratique des marchés ne fait la distinction entre les biens finis et les biens renouvelables. En conséquence, la surexploitation rapide des ressources naturelles est considérée comme une contribution positive à la prospérité, alors qu'en réalité un actif est irrémédiablement détruit. Pour Schumacher la société industrielle occidentale est incapable d'apprécier et de préserver son capital naturel (eau pure, sol vivant, air pur, ...). (…) les doctrines économiques ne peuvent s'appliquer qu'à la production industrielle, à l'exclusion de l'organisation sociale ou des relations avec l'environnement naturel. » (tiré de Wikipedia) Schumacher a été président de la Soil Association, association britannique d’agriculture biologique.
Ce matin, Trump remporte les élections américaines…
Je pense que l’inconscience que démontrent les humains dans leur comportement, sans respect pour la nature qui soutient toute vie sur la Terre, nous achemine vers une destruction massive. La nature et les sols qui la supportent auraient une certaine capacité de se régénérer. Mais, malgré les efforts d’un petit nombre, il manque la conscience et la volonté du plus grand nombre. Si plusieurs considèrent qu’on vit une crise de migration, attendez que des températures de 50° ou plus deviennent chose courante pour voir.
Mais ce n’est pas une raison de baisser les bras et d’abandonner nos efforts pour appliquer des solutions, qui passeront conjointement par une restauration de la nature et par l’instauration de valeurs de justice sociale.
Denis La France, Expert et enseignant en agriculture biologique
novembre 2024