Darwin s’est intéressé à la quantité de terre remontée en surface par les vers et il a mesuré la vitesse à laquelle des pierres étaient enterrées.
Seules quelques espèces déposent une partie de leurs déjections en surface, dont Lumbricus terrestris. Ces déjections prennent en français le nom de turricules, car elles forment parfois de petites tours. Dans le cas du grand lombric, elles sont souvent accumulées, en partie avec des résidus de plantes en décomposition, dans des amas qui protègent l’ouverture des galeries et où le résidant vient s’alimenter.
Les turricules les plus spectaculaires sont formés par diverses espèces de Perichaeta en Asie. Ma photo prise en Chine reproduit probablement les déjections de ce type de ver comme les illustrations du livre de Darwin ci-dessous. (J’ai eu la chance de visiter un parc dans les Monts Nilgiri (gravure de Darwin) en Inde où j’ai vu du fumier d’éléphant frais, fumant, qui ressemblait à du crottin de cheval, mais 50 fois plus gros. De la bonne nourriture pour les vers.)
Même si les espèces pérégrines ne laissent pas d’accumulations aussi spectaculaires, elles enterrent graduellement les pierres laissées en surface d’un sol et éventuellement des ruines abandonnées ce qui explique, en partie, la nécessité pour les archéologues de fouiller dans le sol pour retracer les artefacts des vieilles civilisations. Butt a mesuré des turricules d’Apporectodea longa (présent au Québec) atteignant 5 cm. (photo cadre bleu)
Darwin a observé un champ très pierreux (silex) qui avait été labouré en 1841, puis transformé en pâturage permanent; il a mesuré la quantité annuelle de remontée des déjections. Trente ans plus tard aucune pierre n’affleurait en surface. Selon ses calculs, en moyenne 0,21 cm de terre par an s’étaient accumulés. Il suggérait que les déjections en surface pouvaient aller de 2 à 250 t/hectare par année. Butt parle de moins de 100 t/ha/an en milieu tempéré mais jusqu’à 10 fois plus en milieu tropical.
En 2007, Butt et un collègue ont placé des pierres en surface dans ce même champ du domaine de Darwin (protégé par une Fondation qui gère le patrimoine national anglais) et ont mesuré une accumulation annuelle de 0,73 à 0,96 cm/an.
Références
Darwin, C., 1881, The Formation of Vegetable Mould through the Action of Worms with Observations on Their Habits, John Murray, London
Disponible en traduction française : Rôle des vers de terre dans la formation de la terre végétale sur Wikisource.org
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