Darwin s’est intéressé au travail des vers de terre plus qu’aux espèces présentes sur son terrain d’étude : la « quantité de terre remontée de sous la surface, et par la suite étalée plus ou moins complètement par la pluie et le vent. » Il a pesé ces déjections et il a mesuré la vitesse à laquelle des pierres étaient enterrées.
Par exemple, il a mesuré sur une pente de 9° combien de déjections étaient emportées par les pluies : 1140 kg/ha par année. Darwin comparait cette charge de sédiments à celle charriée par le Mississipi.
Seules quelques espèces déposent une partie de leurs déjections en surface du sol et plus le sol est compact, plus c’est le cas. (Bouché) Lumbricus terrestris en dépose beaucoup, en partie dans les amas qui recouvrent l’entrée de ses galeries ("middens"), où elles sont mélangées à des résidus organiques, parfois des graviers, et plus stables.
Bouché a déterminé que la déjection fraiche est très instable, mais après une semaine de décomposition par les microbes qu’elle contient, elle devient plus stable. Plusieurs chercheurs ont démontré que l’assèchement la stabilise aussi. Une fois stabilisée, elle est plus résistante à l’érosion.
On observe aussi des situations, notamment en agriculture sans travail de sol, où l’amoncellement des résidus à l’entrée des galeries des grands lombrics (qui prolifèrent souvent dans ce système de culture) expose beaucoup de sol à la pluie et entraîne une augmentation de l’érosion en comparaison avec des agroécosystèmes dominés par des endogés.
Mais comme l’abondance de pores dans le sol augmente avec une abondance de vers, ce qui permet une absorption accrue des précipitations, le débat entre les chercheurs est ouvert. Les vers augmentent l’érosion ou la diminuent? Évidemment, plus la pente est abrupte, plus les risques de déplacement vers le bas du bassin versant augmentent.
La caricature de Darwin provient de la revue satirique Punch 1881 où on riait de son intérêt pour les vers de terre.
Gould, 1982 écrit que le « livre des vers » de Darwin a souvent été considéré comme « un ouvrage inoffensif de peu d’importance écrit par un grand naturaliste gâteux ». Cependant, il a également été salué comme « l’un des livres les plus intéressants jamais écrits sur le sol » (Russell, 1937, p. 253).
Références
Darwin, C., 1881, The Formation of Vegetable Mould through the Action of Worms with Observations on Their Habits, John Murray, London
Butt, K., 2023, Worms, Reaktion Books, London
Bouché, M., 2014, Des vers de terre et des hommes : découvrir nos écosystèmes fonctionnant à l'énergie solaire, Actes Sud, Arles
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