Les scientifiques qualifient le milieu de vie des vers de terre de drilosphère. Dans le sol, la répartition de l’activité biologique est tout sauf uniforme. À certains endroits, elle est très élevée et d’autres très faibles. On dit que 90 % de la vie est concentrée dans 10 % du sol. Beare et al., (1995) ont développé le modèle des points chauds (« hotspots »), des endroits où la concentration de microbes et d’êtres vivants est beaucoup plus élevée, dont la drilosphère qui qualifie tout le milieu de vie des vers de terre. Un autre point chaud, la zone de proximité des racines est appelée rhizosphère. On trouve dans la drilosphère une activité d’échanges, une concentration de nutriments, de matière organique, de microbes et de petits animaux beaucoup plus élevée qu’ailleurs. Le Bayon et al ont défini la drilosphère comme le domaine fonctionnel des vers de terre : les galeries, les turricules, les déjections, la microflore associée et les nombreux utilisateurs des macropores créés par eux. Les amas (« middens » en anglais), de résidus, turricules et petits graviers amoncelés en surface du sol, au dessus de l’ouverture de leurs galeries par les grands lombrics, en font partie. Les vers de terre participent aussi à la création de trois autres points chauds dans les sols : la détritusphère (litière) dans les premières couches de sol, l’agrégatusphère (micro/macro-agrégats du sol), la porosphère (les espaces entre les solides).
Wendel et ses collègues, cités ici il y a quelques semaines, ont tenté de faire le point sur la recherche sur les biopores, les vers de terre et les racines. Des travaux sur ces questions sont réalisés à l’université de Bonn depuis une quinzaine d’années, dans des contextes d’agriculture biologique encadrés par Ulrich Köpke. En 2023 ils nous ont été présentés au CETAB+ par Miriam Athmann, à l’initiative de Caroline Halde. Pour les abonnés récents, vous pouvez remonter aux publications de l’an dernier qui en donnent de nombreux exemples avec des photos spectaculaires. On utilise, entre autres, l’endoscopie pour explorer les biopores, principalement formés par les galeries des grands lombrics. Voir les photos, le graphique et les commentaires de Wendel et al. pour des infos supplémentaires.
Anna S. Wendel, Sara L. Bauke, Wulf Amelung, Claudia Knief, 2022, Root-rhizosphere-soil interactions in biopores, Plant Soil 475:253–277
Beare, M.H., Coleman, D.C., Crossley, D.A., Hendrix, P.F., Odum, E.P., 1995,A hierarchical approach to evaluating the significance of soil biodiversity to biogeochemical cycling. Plant and Soil 170, 5e22
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